Vincent Lussier
Natif de Taïwan (1997), vit et travaille à Montréal. Formé au Cégep du Vieux-Montréal puis en arts visuels et médiatiques à l'UQAM (2021), où il reçoit le prix d'excellence en sculpture de la Fondation McAbbie. Expositions individuelles et collectives, notamment au Musée d'art contemporain des Laurentides (MAC LAU) et dans le cadre du MAADI de Stanley Février. Représenté par la Galerie GEMS.
Pratique = syntaxe combinatoire. Chaque sculpture assemble des éléments hétérogènes — figure moulée, objet quotidien, fragment naturel — en matériaux volontairement contradictoires : céramique et résine polyuréthane, bronze et plastique, cire et acier. Composantes fabriquées les unes en fonction des autres par correspondances visuelles et sémantiques : proportion, texture, poids symbolique. Pas collage mais construction — chaque pièce est une phrase où les termes se déterminent mutuellement.
Deux fils traversent le corpus de part en part. Le premier est collectif : condition humaine face à ce que l'artiste nomme « futurité ». Atlas et Thrive incarnent le motif — corps d'enfant ployé sous une sphère arrimée par des cordes, portant littéralement le poids d'un monde dont il hérite. Le geste reprend l'archétype du titan mais le transpose sur l'enfance : ce qui était mythe cosmogonique devient héritage écologique et éthique, charge transmise aux générations suivantes. Le second fil est intime : les têtes — céramique à patine cuivrée sur socle acier, ou porcelaine blanche sous masque d'émail noir qui se fissure et se décolle — explorent le dédoublement, la distance entre surface visible et intériorité. Mother Mold (2020, céramique, plâtre, sangles, acier) pousse cette logique à son terme : Lussier moule sa propre tête, oublie la tête, retient le moule de plâtre comme modèle, en produit des copies céramique cuites émail doré. L'outil de reproduction devient sujet. Le processus — façonnage, moulage, assemblage — cesse d'être invisible pour devenir le contenu même de l'œuvre.
Les deux fils ne sont pas deux sujets distincts mais un double registre constant : le collectif (ce que nous laissons) et l'individuel (ce que nous sommes sous la surface) s'articulent dans les mêmes pièces, les mêmes tensions matérielles. L'Exode (2020, céramique, résine polyuréthane, cire, aluminium, acier, 205 cm) condense les deux : figure humaine enfouie dans une vague de plastique tentant d'atteindre un œuf de porcelaine posé sur une branche dénudée — allégorie du renouvellement et de la prise de conscience, portée par la tension entre fragilité porcelaine et masse résine, verticalité du geste et horizontalité de l'engloutissement.
Depuis 2023, le vocabulaire se déplace. Les allégories narratives explicites des premières années (Selling the Dream, L'Enfant aux Parapluies) cèdent à un registre plus atmosphérique : Neige I-III, Le Naufragé, Chandelle à la mer, Le glacier & le radeau, Rêverie. Les titres suggèrent moins, laissent davantage opérer la matière. La syntaxe combinatoire reste, mais le discours s'ouvre — les correspondances deviennent plus formelles que narratives, les tensions plus sensorielles qu'allégoriques.
