Une activation exemplaire : quand l'exposition devient lieu de convergence
La MRC de La Vallée-du-Richelieu ne s'est pas limitée à produire une exposition. Autour de Dévoiler le potentiel de la matière, elle a conçu une véritable activation culturelle — une programmation événementielle qui a transformé le vernissage en plateforme de maillage entre les milieux artistique, entrepreneurial, institutionnel et citoyen.
La soirée VIP du 20 novembre 2025, tenue au Centre civique de Mont-Saint-Hilaire en marge de l'exposition au Musée des beaux-arts, a pris la forme d'un 5 à 7 structuré en deux temps : une visite médias exclusive de l'exposition à 17 h, suivie d'un panel public animé par l'autrice et journaliste Émilie Perreault, réunissant Simon Paré-Poupart (auteur d'Ordures!, invité d'honneur), l'artiste internationale Raphaëlle de Groot, la professeure et fondatrice du Centr'ERE Lucie Sauvé, ainsi que Ginette Bureau, présidente du Comité 21 Québec.
Ce format de panel — croisant une voix terrain (le vidangeur-auteur), une voix artistique, une voix académique et une voix de gouvernance en développement durable — a généré un espace de dialogue rare, où la question écologique n'était pas traitée en silo mais comme un enjeu transversal, ancré simultanément dans le geste, la pensée et l'action collective.
Pour les entreprises et partenaires présents, la soirée a offert une occasion de réseautage à forte valeur ajoutée. Contrairement aux cocktails de circonstance, l'événement proposait un contenu substantiel — un cadre de réflexion partagé autour de l'économie circulaire, de la revalorisation des matières et de la responsabilité écologique — qui a permis aux acteurs économiques régionaux de se positionner non pas simplement comme commanditaires, mais comme participants actifs d'une conversation culturelle à portée sociale. La présence de Desjardins, Caisse Beloeil–Mont-Saint-Hilaire, témoigne de cet ancrage : un partenariat fondé sur des valeurs communes plutôt que sur une visibilité de surface.
Pour le public, l'activation a permis d'accéder à un niveau de lecture que l'exposition seule n'offre pas. Le croisement des perspectives — le savoir incarné de celui qui manipule les déchets au quotidien, le regard critique de l'artiste, la rigueur de la chercheuse, la vision systémique de la gouvernance — a enrichi l'expérience de visite et transformé le spectateur en interlocuteur. L'événement a ainsi rempli une fonction de médiation culturelle au sens fort : non pas vulgariser un contenu, mais créer les conditions d'une rencontre entre des intelligences habituellement cloisonnées.
Avec près de 1 000 visiteurs en trois jours d'ouverture, Dévoiler le potentiel de la matière a démontré qu'une programmation événementielle bien conçue amplifie considérablement la portée d'une exposition — tant en termes de fréquentation que de profondeur d'engagement. Pour la MRC de La Vallée-du-Richelieu, cette activation constitue un modèle reproductible : la preuve qu'une entente de développement culturel, lorsqu'elle laisse place à l'intelligence curatoriale, peut produire des retombées qui dépassent largement le cadre de la diffusion artistique pour irriguer le tissu social et économique d'un territoire.

La Fondation Jordi Bonet remercie chaleureusement Desjardins — Caisse de Beloeil-Mont-Saint-Hilaire — pour son soutien essentiel à la réalisation de notre mission.
La soirée du 20 novembre : quatre voix pour une écologie du regard
Le panel réuni par la MRC de La Vallée-du-Richelieu le 20 novembre 2025 n'a pas été conçu comme une table ronde sur l'environnement. Il a été pensé comme un dispositif de croisement — quatre intelligences distinctes, convoquées pour faire apparaître ce qu'aucune d'entre elles, seule, ne pouvait formuler.
Émilie Perreault, qui animait la soirée, incarne précisément cette conviction que la culture n'est pas un supplément d'âme mais un levier de transformation. Chroniqueuse aux côtés de Paul Arcand pendant six ans, animatrice d'Il restera toujours la culture sur ICI Première, autrice de Service essentiel, elle a installé les conditions d'un dialogue qui ne se réfugie ni dans l'abstraction ni dans le slogan.
Simon Paré-Poupart, invité d'honneur, a apporté ce que personne d'autre dans la salle ne pouvait offrir : vingt ans de contact physique avec ce que nous jetons. Sociologue de formation devenu vidangeur par choix, auteur d'Ordures! Journal d'un vidangeur (Lux Éditeur), il incarne un savoir incarné — celui de l'homme qui voit, chaque matin, la face matérielle de nos habitudes de consommation. Sa parole n'est pas celle du militant ; c'est celle du témoin.
Raphaëlle de Groot — Prix Sobey pour les arts (2012), représentante du Canada à la Biennale de Venise, artiste dont la pratique se construit toujours à partir d'une rencontre avec un territoire et ses communautés — a déplacé la conversation vers le geste. Sa présence, à la fois comme panéliste et comme artiste exposante, a permis de rendre visible ce que le commissariat proposait comme hypothèse : que l'art ne commente pas la crise écologique, il en travaille les affects.
Lucie Sauvé, professeure émérite à l'UQAM et fondatrice du Centr'ERE, pionnière de l'éducation relative à l'environnement dans la francophonie, a ancré le dialogue dans une exigence critique. Sa position — refus d'une écologie purement technocratique, insistance sur la justice sociale et la participation citoyenne — a offert au public un cadre pour comprendre que la question du déchet n'est jamais seulement une question de gestion : c'est une question de rapport au monde.
Ginette Bureau, avocate et biologiste, ex-PDG de RECYC-QUÉBEC pendant plus de cinq ans, présidente de la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec de 2015 à 2025, récipiendaire du Prix PDG Vert et de la Médaille Charles III, a apporté la perspective systémique — celle de quelqu'un qui a opéré à l'intérieur des institutions de la transition et qui connaît à la fois leurs capacités et leurs angles morts.
Le croisement de ces quatre voix — terrain, création, recherche, gouvernance — a produit exactement ce qu'une programmation événementielle bien conçue rend possible : non pas un consensus, mais une densité de regard. Le public n'a pas assisté à une conférence sur l'environnement ; il a été exposé à quatre manières radicalement différentes de se tenir devant le même problème. C'est cette multiplicité de postures, et non un message unique, qui constitue la véritable médiation culturelle.






























