UNE CONSTELLATION (ENCAN 2024)
Commissaire : Laurent Bonet
Il arrive que deux trajectoires, nées du même nom et du même sang, tracent dans le siècle des lignes parallèles qui ne se croisent jamais — et pourtant se répondent en permanence. Jordi Bonet i Godó et Jordi Bonet Armengol sont de ces créateurs dont l'œuvre forme, à distance, un seul geste prolongé : celui de donner à la matière la charge de ce qui la dépasse.
Pour l'édition 2025 de notre encan-bénéfice, j'ai souhaité proposer une lecture singulière des œuvres réunies cette année. Non pas un thème imposé, mais une grille de lecture — une fréquence, presque — traversée par l'héritage de ces deux cousins liés par le nom, la vision, et la quête de transcendance dans l'art.
Deux Jordi, un même souffle
Jordi Bonet i Godó, muraliste, sculpteur et pionnier de l'art public au Canada, fut l'un de ces artistes rares capables d'inscrire dans la matière brute un souffle spirituel, une présence. Son œuvre, profondément enracinée dans la modernité québécoise et l'expression du sacré dans l'espace public, ne décorait pas les lieux : elle les fondait. Chaque mur devenait sous ses mains un seuil entre le visible et ce qui travaille en dessous — la mémoire, la douleur, l'élan vers quelque chose de plus grand que soi.
Son cousin, Jordi Bonet Armengol, architecte en chef de la Sagrada Família à Barcelone de 1987 à 2012, a poursuivi pendant un quart de siècle l'œuvre monumentale et organique de Gaudí. Là où le premier taillait dans la pierre pour y loger le sacré, le second architecturait l'invisible, tendant chaque voûte, chaque colonne vers le haut — vers cette lumière que la structure ne contient pas mais qu'elle rend possible.
Deux gestes. Deux disciplines. Une même conviction : que l'art n'orne pas le monde, il le fonde.
Une constellation
Cette exposition-encan devient ainsi une constellation d'œuvres contemporaines éclairées par cette double présence. Plus de quatre-vingts artistes d'ici ont généreusement répondu à l'appel, chacun et chacune portant en soi une voix unique, mais résonnant — d'une manière ou d'une autre — avec cette grande filiation.
Il ne s'agit pas de filiation stylistique. Aucune des œuvres ici réunies ne cherche à imiter ni à prolonger la manière de l'un ou l'autre Bonet. Ce qui les relie est plus profond et plus libre : c'est cette intuition partagée que la forme, lorsqu'elle est juste, ouvre un passage. Que le geste artistique, lorsqu'il atteint sa nécessité, cesse d'être expression personnelle pour devenir lieu — un lieu où le regardeur, à son tour, peut entrer.