
Ce que nous jetons dessine les contours de ce qui nous manque.
Horror Vacui naît d'un constat simple, presque trivial : nous vivons dans une société qui ne supporte pas le vide. Pas seulement le vide matériel — l'étagère sans objet, le silence sans musique, le temps sans écran — mais le vide intérieur : cette zone de vacuité existentielle que chacun porte en soi et que la plupart s'acharnent à combler. Par l'accumulation. Par la certitude. Par le contrôle.
Ce projet d'exposition ne prétend pas documenter la crise écologique. Il ne dresse pas le procès de nos déchets. Il ne cherche pas à culpabiliser, à instruire ni à convertir. Il fait quelque chose de plus inconfortable : il retourne le miroir. Il pose l'hypothèse que la surconsommation, la normalisation, la pensée unique et la polarisation des débats sont les symptômes d'une même pathologie silencieuse — la peur du vide...
Ce projet est né d’une initiative de la MRC de La Vallée-du-Richelieu, dans le cadre de son entente de développement culturel avec le gouvernement du Québec. C’est Sabrina Brochu, agente de développement culturel de la MRC, qui en a porté la vision initiale — et qui a confié à la Fondation Jordi Bonet le mandat de la réaliser avec une liberté curatoriale totale. Ce geste de confiance est rare. Il mérite d’être nommé.
La mission était claire : faire sentir au public que cette matière que nous rejetons n’est pas un déchet — c’est une ressource. Peut-être, comme le formulait Ginette Bureau lors du panel public, les seules ressources que nous aurons demain. Treize artistes professionnels ont relevé ce défi en transformant des matières extraites des écocentres de la Vallée-du-Richelieu — métaux, plastiques, bois, composantes d’électroménagers — en œuvres sculpturales qui ne recyclent pas : elles transmutent. Près de 1 000 visiteurs en trois jours au Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire ont confirmé ce que nous pressentions : l’art peut provoquer une prise de conscience là où la communication ne fait qu’informer.







