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- Sculpteur architecte 2024 | Fond Jordi Bonet
Sculpteur architecte (2024) : la rencontre de deux cousins portant le même nom — Jordi Bonet i Godo, sculpteur, et Jordi Bonet i Armengol, architecte en chef de la Sagrada Familia de Barcelone. UNE CONSTELLATION (ENCAN 2024) Commissaire : Laurent Bonet Il arrive que deux trajectoires, nées du même nom et du même sang, tracent dans le siècle des lignes parallèles qui ne se croisent jamais — et pourtant se répondent en permanence. Jordi Bonet i Godó et Jordi Bonet Armengol sont de ces créateurs dont l'œuvre forme, à distance, un seul geste prolongé : celui de donner à la matière la charge de ce qui la dépasse. Pour l'édition 2025 de notre encan-bénéfice, j'ai souhaité proposer une lecture singulière des œuvres réunies cette année. Non pas un thème imposé, mais une grille de lecture — une fréquence, presque — traversée par l'héritage de ces deux cousins liés par le nom, la vision, et la quête de transcendance dans l'art. Deux Jordi, un même souffle Jordi Bonet i Godó, muraliste, sculpteur et pionnier de l'art public au Canada, fut l'un de ces artistes rares capables d'inscrire dans la matière brute un souffle spirituel, une présence. Son œuvre, profondément enracinée dans la modernité québécoise et l'expression du sacré dans l'espace public, ne décorait pas les lieux : elle les fondait. Chaque mur devenait sous ses mains un seuil entre le visible et ce qui travaille en dessous — la mémoire, la douleur, l'élan vers quelque chose de plus grand que soi. Son cousin, Jordi Bonet Armengol, architecte en chef de la Sagrada Família à Barcelone de 1987 à 2012, a poursuivi pendant un quart de siècle l'œuvre monumentale et organique de Gaudí. Là où le premier taillait dans la pierre pour y loger le sacré, le second architecturait l'invisible, tendant chaque voûte, chaque colonne vers le haut — vers cette lumière que la structure ne contient pas mais qu'elle rend possible. Deux gestes. Deux disciplines. Une même conviction : que l'art n'orne pas le monde, il le fonde. Une constellation Cette exposition-encan devient ainsi une constellation d'œuvres contemporaines éclairées par cette double présence. Plus de quatre-vingts artistes d'ici ont généreusement répondu à l'appel, chacun et chacune portant en soi une voix unique, mais résonnant — d'une manière ou d'une autre — avec cette grande filiation. Il ne s'agit pas de filiation stylistique. Aucune des œuvres ici réunies ne cherche à imiter ni à prolonger la manière de l'un ou l'autre Bonet. Ce qui les relie est plus profond et plus libre : c'est cette intuition partagée que la forme, lorsqu'elle est juste, ouvre un passage. Que le geste artistique, lorsqu'il atteint sa nécessité, cesse d'être expression personnelle pour devenir lieu — un lieu où le regardeur, à son tour, peut entrer. Réalisation : Alain Belhumeur (Animavision)
- Conditions d'utilisation | Fond Jordi Bonet
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- Fondation Jordi Bonet | Art contemporain
Soirée VIP et activation publique de l'exposition Dévoiler le potentiel de la matière (2025). Panel animé par Émilie Perreault. Fondation Jordi Bonet. UNE ACTIVATION EXEMPLAIRE Quand l'exposition devient lieu de convergence La MRC de La Vallée-du-Richelieu ne s'est pas limitée à produire une exposition. Autour de Dévoiler le potentiel de la matière, elle a conçu une véritable activation culturelle — une programmation événementielle qui a transformé le vernissage en plateforme de maillage entre les milieux artistique, entrepreneurial, institutionnel et citoyen. La soirée VIP du 20 novembre 2025, tenue au Centre civique de Mont-Saint-Hilaire en marge de l'exposition au Musée des beaux-arts, a pris la forme d'un 5 à 7 structuré en deux temps : une visite médias exclusive de l'exposition à 17 h, suivie d'un panel public animé par l'autrice et journaliste Émilie Perreault, réunissant Simon Paré-Poupart (auteur d'Ordures!, invité d'honneur), l'artiste internationale Raphaëlle de Groot, la professeure et fondatrice du Centr'ERE Lucie Sauvé, ainsi que Ginette Bureau, présidente du Comité 21 Québec. Ce format de panel — croisant une voix terrain (le vidangeur-auteur), une voix artistique, une voix académique et une voix de gouvernance en développement durable — a généré un espace de dialogue rare, où la question écologique n'était pas traitée en silo mais comme un enjeu transversal, ancré simultanément dans le geste, la pensée et l'action collective. Pour les entreprises et partenaires présents, la soirée a offert une occasion de réseautage à forte valeur ajoutée. Contrairement aux cocktails de circonstance, l'événement proposait un contenu substantiel — un cadre de réflexion partagé autour de l'économie circulaire, de la revalorisation des matières et de la responsabilité écologique — qui a permis aux acteurs économiques régionaux de se positionner non pas simplement comme commanditaires, mais comme participants actifs d'une conversation culturelle à portée sociale. La présence de Desjardins, Caisse Beloeil–Mont-Saint-Hilaire, témoigne de cet ancrage : un partenariat fondé sur des valeurs communes plutôt que sur une visibilité de surface. Pour le public, l'activation a permis d'accéder à un niveau de lecture que l'exposition seule n'offre pas. Le croisement des perspectives — le savoir incarné de celui qui manipule les déchets au quotidien, le regard critique de l'artiste, la rigueur de la chercheuse, la vision systémique de la gouvernance — a enrichi l'expérience de visite et transformé le spectateur en interlocuteur. L'événement a ainsi rempli une fonction de médiation culturelle au sens fort : non pas vulgariser un contenu, mais créer les conditions d'une rencontre entre des intelligences habituellement cloisonnées. Avec près de 1 000 visiteurs en trois jours d'ouverture, Dévoiler le potentiel de la matière a démontré qu'une programmation événementielle bien conçue amplifie considérablement la portée d'une exposition — tant en termes de fréquentation que de profondeur d'engagement. Pour la MRC de La Vallée-du-Richelieu, cette activation constitue un modèle reproductible : la preuve qu'une entente de développement culturel, lorsqu'elle laisse place à l'intelligence curatoriale, peut produire des retombées qui dépassent largement le cadre de la diffusion artistique pour irriguer le tissu social et économique d'un territoire. La Fondation Jordi Bonet remercie chaleureusement Desjardins — Caisse de Beloeil-Mont-Saint-Hilaire — pour son soutien essentiel à la réalisation de notre mission. LaA SOIRÉE DU 20 NOVEMBRE 2025 Regards croisés Le panel réuni par la MRC de La Vallée-du-Richelieu le 20 novembre 2025 n'a pas été conçu comme une table ronde sur l'environnement. Il a été pensé comme un dispositif de croisement — quatre intelligences distinctes, convoquées pour faire apparaître ce qu'aucune d'entre elles, seule, ne pouvait formuler. Émilie Perreault qui animait la soirée, incarne précisément cette conviction que la culture n'est pas un supplément d'âme mais un levier de transformation. Chroniqueuse aux côtés de Paul Arcand pendant six ans, animatrice d'Il restera toujours la culture sur ICI Première, autrice de Service essentiel, elle a installé les conditions d'un dialogue qui ne se réfugie ni dans l'abstraction ni dans le slogan. Simon Paré-Poupart invité d'honneur, a apporté ce que personne d'autre dans la salle ne pouvait offrir : vingt ans de contact physique avec ce que nous jetons. Sociologue de formation devenu vidangeur par choix, auteur d'Ordures! Journal d'un vidangeur (Lux Éditeur), il incarne un savoir incarné — celui de l'homme qui voit, chaque matin, la face matérielle de nos habitudes de consommation. Sa parole n'est pas celle du militant ; c'est celle du témoin. Raphaëlle de Groot — Prix Sobey pour les arts (2012), représentante du Canada à la Biennale de Venise, artiste dont la pratique se construit toujours à partir d'une rencontre avec un territoire et ses communautés — a déplacé la conversation vers le geste. Sa présence, à la fois comme panéliste et comme artiste exposante, a permis de rendre visible ce que le commissariat proposait comme hypothèse : que l'art ne commente pas la crise écologique, il en travaille les affects. Lucie Sauvé professeure émérite à l'UQAM et fondatrice du Centr'ERE, pionnière de l'éducation relative à l'environnement dans la francophonie, a ancré le dialogue dans une exigence critique. Sa position — refus d'une écologie purement technocratique, insistance sur la justice sociale et la participation citoyenne — a offert au public un cadre pour comprendre que la question du déchet n'est jamais seulement une question de gestion : c'est une question de rapport au monde. Ginette Bureau avocate et biologiste, ex-PDG de RECYC-QUÉBEC pendant plus de cinq ans, présidente de la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec de 2015 à 2025, récipiendaire du Prix PDG Vert et de la Médaille Charles III, a apporté la perspective systémique — celle de quelqu'un qui a opéré à l'intérieur des institutions de la transition et qui connaît à la fois leurs capacités et leurs angles morts. Le croisement de ces quatre voix — terrain, création, recherche, gouvernance — a produit exactement ce qu'une programmation événementielle bien conçue rend possible : non pas un consensus, mais une densité de regard. Le public n'a pas assisté à une conférence sur l'environnement ; il a été exposé à quatre manières radicalement différentes de se tenir devant le même problème. C'est cette multiplicité de postures, et non un message unique, qui constitue la véritable médiation culturelle. Site de la MRCVR
- Horror Vacui | Fond Jordi Bonet
Horror Vacui / Amor Vacui : exposition itinérante 2027–2029 commissariée par Laurent Bonet. Une exploration de la peur du vide comme condition contemporaine, avec des artistes de haut calibre dont Raphaëlle de Groot. HORROR VACUI/AMOR VACUI 2026-2029 Projet d'expositions itinérantes CORPUS ARTISTIQUE Le corpus s'articule autour de cinq axes de recherche qui traversent l'horror vacui comme condition contemporaine : l'accumulation et la densification de l'espace ; l'entropie et la menace du vide ; l'absence et la perte comme présence ; la répétition et la saturation obsessionnelle ; le vide comme expérience sensorielle. Ces axes ne sont pas des catégories étanches — ils dessinent un arc narratif que la scénographie rend physiquement perceptible, de la densité compulsive au dépouillement. Les artistes sont réunis par le commissaire pour leur capacité singulière à habiter le propos de l'exposition et à en structurer les pôles. Leur présence relève d'une lecture curatoriale précise et documentée. En parallèle, un appel de dossiers ouvert, évalué par un comité de pairs indépendant selon les normes CARFAC-RAAV, assure la diversité des voix et l'ouverture du projet au-delà du regard du commissaire. Dans chaque lieu d'itinérance, un artiste ancré dans la région d'accueil se joint au corpus, assurant un dialogue entre l'exigence curatoriale et l'ancrage territorial. Le projet vise un corpus de huit à onze artistes professionnels reconnus à l'échelle nationale et internationale, dont les profils incluent des lauréats ou finalistes de prix majeurs, des artistes représentés dans des biennales internationales et des praticiens dont la démarche est portée par les institutions muséales canadiennes. Cette exigence de calibre n'est pas un exercice de prestige : elle garantit au public, aux lieux d'accueil et aux partenaires la densité intellectuelle et formelle qu'un projet de cette envergure requiert. Le projet pilote Dévoiler le potentiel de la matière (2025), présenté au Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire, a permis de développer et de valider la méthodologie scénographique et curatoriale sur laquelle Horror Vacui se construit — nouvelle cohorte, dimension patrimoniale inédite, ambition d'itinérance provinciale. VOLET PATRIMONIAL — JORDI BONET (1932–1979) Un volet consacré à des dessins et encres inédits de Jordi Bonet, issus des archives de la Fondation, traverse l'ensemble du parcours. Présenté l'année du 50e anniversaire de son départ, ce volet tisse la filiation entre la force brute du geste monumental et la tension contemporaine entre accumulation et dépouillement. Il n'est pas le centre de l'exposition : il en est la racine. SCÉNOGRAPHIE Le visiteur ne regarde pas l'exposition. Il la traverse. Un premier espace — le Dédale — le plonge dans un labyrinthe de réfrigérateurs évidés, de barricades de chantier et de gabions remplis de fossiles contemporains : écrans, plastiques, fragments de notre consommation ordinaire. Tout est visible, rien n'est accessible. Puis la ligne de fracture : un passage étroit ouvre sur le Sanctuaire, où l'espace se dilate et les œuvres des artistes apparaissent dans la lumière. Le choc entre les deux zones est le cœur de l'expérience — le passage physique de la saturation à l'ouverture, de la peur du vide à la possibilité de l'habiter. Le dispositif est modulaire, conçu pour s'adapter à des salles de 200 à 400 m² tout en conservant son impact. ITINÉRANCE Horror Vacui est conçu dès l'origine comme un projet itinérant. L'exposition circulera dans des centres d'exposition et des musées à travers le Québec entre 2027 et 2029, chaque présentation enrichie d'un artiste d'ancrage local et d'une programmation de médiation adaptée au milieu. Des démarches sont en cours auprès de plusieurs lieux d'accueil. La scénographie modulaire — réfrigérateurs, barricades, gabions, cimaises — voyage avec l'exposition ; le commissaire supervise chaque montage et assure une visite inaugurale dans chaque lieu. INSTITUTIONS D'ACCUEIL Horror Vacui s'inscrit dans des lieux institutionnels professionnels — centres d'exposition reconnus, musées régionaux et métropolitains — dont les équipes techniques, les infrastructures d'éclairage et les conditions de conservation permettent de déployer le dispositif scénographique dans toute son ampleur. La Fondation fournit l'intégralité du matériel scénographique et des œuvres ; l'institution met à disposition ses cimaises, son gril technique et son expertise locale. Cette complémentarité produit, dans chaque salle, une expérience calibrée au lieu tout en restant fidèle au propos curatorial. (Oeuvre de Marie-Josée Gustave et de Gérald Parent , exposition Couples artistes 2024 ) MÉDIATION NUMÉRIQUE Chaque artiste bénéficie d'un dispositif de médiation intégré à l'exposition, offrant un portrait approfondi — sa démarche, son parcours, l'ensemble de son œuvre au-delà de la pièce exposée. Des capsules vidéo du commissaire et des artistes, des projections en salle et un documentaire prolongent l'expérience sur les plateformes numériques. L'ensemble du contenu — vidéo, photographie, textes — est produit par la Fondation et mis à disposition de chaque institution pour alimenter ses propres canaux de communication. MÉDIATION CULTURELLE La médiation d'Horror Vacui n'explique pas les œuvres — elle crée les conditions pour que la rencontre ait lieu. Le programme se déploie sur plusieurs registres : visites commentées par le commissaire, ateliers de création à partir de matières trouvées, rencontres avec les artistes, conférences publiques. Un dossier pédagogique arrimé au Programme de formation de l'école québécoise ouvre des passerelles naturelles vers les arts plastiques, l'éthique, la philosophie et les sciences. Pour les milieux communautaires et les organismes de soutien psychosocial, le propos de l'exposition — le rapport au vide, au deuil, à la transformation — offre un terrain de résonance particulièrement porteur. Chaque programme est conçu en concertation avec l'institution d'accueil, qui connaît ses publics mieux que quiconque. Ce projet se construit maintenant. → Horror Vacui
- Land art 2023 | Fond Jordi Bonet
Land art urbain2023 : intervention éphémère en art contemporain organisée par la Fondation Jordi Bonet. Quand la création investit l'espace public. LAND ART URBAIN 2023 Jardin Daniel A. Séguin, Saint-Hyacinthe Présidence d'honneur : MARC SÉGUIN · Direction artistique : Laurent Bonet · Production : Fondation Jordi Bonet/ITAQ Dix interventions sculpturales éphémères, réalisées in situ dans les jardins Daniel A. Séguin lors des Journées de la culture 2023. Chaque œuvre procédait d'un binôme inédit : un artiste professionnel jumelé à une équipe d'étudiants en horticulture de l'ITAQ. Les matériaux — végétaux, minéraux, éléments récupérés — étaient prélevés ou négociés avec le site lui-même. Le land art urbain, tel que la Fondation Jordi Bonet l'a proposé ici, ne relève pas de la sculpture déplacée en plein air. Il s'agit d'une pratique où le geste artistique s'inscrit dans les conditions vivantes du terrain — sa topographie, ses cycles, ses résistances. Les œuvres n'étaient pas posées dans le jardin ; elles en procédaient. Ce déplacement, du studio vers le sol, oblige l'artiste à composer avec ce qui pousse, ce qui résiste, ce qui se décompose. Il suppose une posture d'écoute que le contrôle de l'atelier ne permet pas. Sous la présidence d'honneur de Marc Séguin — dont la pratique articule depuis longtemps peinture, écriture et rapport au territoire — le projet a réuni Daniel-Vincent Bernard, Jérôme Poirier, Dominic Besner et Jocelyn Lussier, Claude Millette, Lucie Diotte et Galina Stetco, Patrick Monast et Véronique Pépin, Chantal Lagacé et Brigitte Gendron, Marie-Josée Roy, Cédric Loth et Arthur Loth, François-René Despatis L'Écuyer, ainsi que Geneviève LeBel.
- Raphaëlle De Groot | Fond Jordi Bonet
Raphaëlle de Groot, Prix Sobey 2012. Cape : installation de surplus et déchets broyés. Exposition Dévoiler le potentiel de la matière, Fondation Jordi Bonet. Raphaëlle De Groot Née à Montréal en 1974, Raphaëlle de Groot est une artiste pluridisciplinaire vivant et travaillant entre Montréal et Orsigna, en Italie. Titulaire d'une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l'UQAM (2007), elle poursuit depuis la fin des années 1990 une pratique exploratoire où la performance, l'installation, le dessin et la vidéo se déploient à partir d'un même ancrage : la rencontre avec un milieu de vie, un territoire et des communautés. Sa démarche repose sur le déplacement — dans des territoires et des milieux de vie où elle dégage des terrains de création à même l'expérience. Le processus s'ancre dans la durée, la présence, l'écoute, l'investigation et la collecte de données de toutes sortes : dessins, photographies, vidéo, témoignages, documents, objets et matières hétéroclites. La performance lui permet d'incarner des états d'attention et d'engagement. Elle s'interroge sur ce qui n'est pas visible comme tel mais qui participe de l'expérience du monde — sondant l'envers de tissus sociaux, hors champs, côtés cachés, oubliés ou délaissés de diverses réalités. Ses projets s'emboîtent les uns dans les autres à la manière de poupées russes : les vestiges matériels d'une œuvre peuvent devenir le matériau de la suivante, chaque rencontre ouvrant un nouveau cycle. Dès Dévoilements (1998–2001), elle établit la méthode qui traversera l'ensemble de son parcours : collaborant avec des religieuses Hospitalières de Saint-Joseph à Montréal, elle leur demande de dessiner des objets de la collection muséale de leur congrégation sans regarder leurs mains — tandis qu'elle-même réalise leur portrait sous la même contrainte. La figure de l'artiste et la notion d'aveuglement deviennent dès lors des éléments qui relient plusieurs de ses projets. Colin-maillard (1999–2001) poursuit cette exploration auprès de personnes non-voyantes ; Plus que parfaites (1999–2001) plonge dans le quotidien invisible des aides familiales ; 8 × 5 × 363 + 1 (2002–2006) s'ancre dans l'univers des ouvriers du textile. À partir de 2005, de Groot intègre de façon croissante le public dans le processus créatif, invitant les visiteurs de ses expositions à capter des images de ses performances ou à repartir avec des morceaux de ses installations. Ses expositions ne sont pas un produit fini : elles s'insèrent dans la démarche interactive qu'elle instaure avec son public. Dans En exercice (2006), les spectateurs sont invités à filmer des segments d'une performance de l'artiste se déroulant sur plusieurs jours, alors qu'elle tente d'accomplir divers exercices malgré des restrictions physiques qu'elle s'impose. Dans L'art d'accommoder les restes (2008), réalisé à l'École supérieure des beaux-arts de Cornouaille à Quimper, elle travaille avec des artistes à accumuler, trier et reconsidérer des restes de matériaux artistiques — les rebuts ayant survécu au processus étant ensuite exposés et offerts au public. Avec la série Le poids des objets (2009–2014), lancée par un appel public via internet et les ondes de la radio, elle invite des inconnus à lui confier des objets embarrassants, encombrants, chargés d'affects. Elle les traite avec la plus grande attention, les extrait de leur invisibilité, les observe avec patience et les préserve avec soin — recomposant ces traces en structures installatives. Dans le film qui accompagne le projet, on la voit se faire transporter sur un chariot dans les réserves d'un musée et se coucher sur une étagère à côté des artefacts : le corps de l'artiste devient lui-même objet de collection, sujet à l'oubli comme tout objet. La 55e Biennale de Venise (2013) marque un tournant dans l'échelle de sa pratique. À l'initiative de Louise Déry, directrice de la Galerie de l'UQAM, et avec le soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec et la collaboration de la Délégation du Québec à Rome, de Groot réalise En exercice à Venise — une performance en trois phases. Dans les Giardini, elle s'enveloppe progressivement le visage de papier, de tissus et de prothèses molles ou rigides de pieds et de mains géants. Métamorphosée, elle déambule ensuite sur le site de la Biennale et sur les quais avoisinants, pour finalement embarquer dans une gondole qui vogue, vacillante, sur les canaux — silhouette à la fois majestueuse et désorientée, évoquant la splendeur baroque des processions vénitiennes. L'action s'inscrit dans le contexte étourdissant de la Biennale où la visibilité — voir et être vu — est centrale, tout en remettant en question cette course à la visibilité : l'artiste incarne le désir d'être vue tout en étant elle-même privée de la vue. La performance, filmée par Gwenaël Bélanger, sera présentée au 32e Festival international du film sur l'art. Les années suivantes prolongent l'exploration dans des territoires plus vastes. Subsistances — Inniun (2016–2017), ancré dans un séjour prolongé en Minganie sur la Moyenne-Côte-Nord, donne lieu à un moyen-métrage coréalisé avec Maxime Girard et produit par La Boîte Rouge VIF, ainsi qu'à un campement-exposition itinérant. L'exposition Entre mer et terre, présentée dans le cadre de MOMENTA Biennale de l'image (2019) sous le commissariat de María Wills Londoño, Audrey Genois et Maude Johnson, en déploie la seconde phase. Les installations Garde-penser et La peau ne meurt jamais travaillent l'image imprimée comme un objet malléable — découpé, cousu, plié, déplié, usé — établissant des ponts entre le vivant et le non-vivant, reconfigurant nos rapports au monde en un archipel matériel et sensible tissé de relations aussi essentielles qu'invisibles. La même année, elle participe à la Nuit Blanche de Paris avec La grande marche des petites choses. À l'automne 2023, de Groot inaugure au MEM — Centre des mémoires montréalaises sa première œuvre d'art public permanente, Les constellations de l'hippocampe, sélectionnée par le Bureau d'art public de la Ville de Montréal. Le projet s'appuie sur l'idée d'incarner et de représenter la mémoire non pas comme un ensemble de contenus, mais comme un processus porteur de transformation sociale — sa forme évoquant les circuits de mémoire de la ville. L'œuvre a été finaliste aux Prix Les Arts et la Ville dans la catégorie culture et développement (2024). Plusieurs de ses projets reposent sur une activité de collecte et de réorganisation de matières déjà existantes — des traces qui ont en commun d'appartenir à un domaine de choses qui ne retient pas d'ordinaire l'attention. Le geste d'extraire ces traces de leur dimension quotidienne pour les constituer en archives permet un autre regard. Elle s'intéresse aux aspects de l'expérience humaine qui sont difficiles à représenter : les sensations, le sentiment d'appartenance au monde, divers états d'attention, de présence et d'engagement. Sa démarche est connue pour ses méthodes de participation ouvertes et collaboratives, au carrefour de l'art et de tissus sociaux. Lauréate du Prix Pierre-Ayot (2006), du Prix Graff (2011) et du Prix Sobey pour les arts (2012), représentée par la Galerie Graff à Montréal et Z2O Galleria – Sara Zanin à Rome, ses œuvres figurent dans les collections du Musée d'art contemporain de Montréal, du Musée des beaux-arts de Montréal et du Musée national des beaux-arts du Québec. Elle a été en résidence à la Fondation Pistoletto près de Turin pendant près de deux ans et enseigne occasionnellement à l'UQAM depuis 2008. Les principales corrections par rapport à la version précédente : « la rencontre avec l'autre comme condition de l'œuvre » remplacé par son propre vocabulaire (milieu de vie, territoire, communautés) ; « vulnérabilité partagée » et « résidus » retirés ; « aveuglement volontaire, restriction sensorielle et dépouillement des repères » remplacé par sa formulation (la figure de l'artiste et la notion d'aveuglement) ; « reliques ordinaires » remplacé par « objets embarrassants, encombrants, chargés d'affects » ; « miroir et spectre à la fois » remplacé par sa propre réflexion sur la visibilité ; « esthétique anthropologique de l'objet » (lecture d'un seul critique) retiré au profit de son propre énoncé sur les méthodes de participation ; ajout du commissariat de MOMENTA, du coréalisateur de Subsistances, de la résidence Pistoletto et de l'enseignement à l'UQAM. À propos
- Gilbert Poissant | Fond Jordi Bonet
Gilbert Poissant, membre de l'Académie royale des arts du Canada. Huard : tessons de céramique et objets trouvés. Exposition DPM, Fondation Jordi Bonet. Gilbert Poissant Né à Iberville en 1952, Gilbert Poissant vit et travaille à Mont-Saint-Hilaire. Céramiste de formation, il a transformé sa pratique en lui intégrant d'autres horizons techniques et esthétiques. Cet artiste multidisciplinaire touche à la fois la murale, l'installation et la sculpture et utilise des matériaux divers — céramique, pierre, verre, bois, papier et objet trouvé — ainsi que les procédés numériques. Son travail s'inscrit dans la lignée de céramistes québécois comme Maurice Savoie et le duo Mousseau-Vermette, qui ont adopté une attitude d'expérimentation permanente dans le travail de ce matériau millénaire. Dès le début de sa carrière, Poissant propose un corpus d'œuvres qui joue sur l'idée d'historicité de la matière. De 1980 à 1995, le projet Les Archéologies imaginaires met en valeur l'idée de traces, de ruines et de hiéroglyphes — une mémoire à caractère autobiographique liée à l'enfance et aux souvenirs. Dans les années 1990, il s'intéresse au temps, plus spécifiquement à deux conceptions antinomiques : le temps rationnel et le temps émotif. À partir d'un vocabulaire formel simple et de formes géométriques de base — le cercle et le carré —, il réalise, sous forme de murales, des icônes stylisées (arbre, goutte d'eau, escalier) qu'il nomme ses « pictogrammes poétiques » : des images très graphiques, simples, symboliquement fortes, situées à la jonction de l'abstraction et de la figuration. Deux motifs traversent l'ensemble de l'œuvre : le temps et la mémoire, qui sont deux faces de la même médaille, et la figure de l'artiste-collectionneur. C'est l'aspect bidimensionnel de la céramique qui a conduit Poissant à devenir muraliste. À cela se greffent son intérêt pour les aspects techniques et chimiques du médium et pour l'architecture, source majeure d'inspiration qui contribue à structurer sa poétique de l'espace. Ses recherches sur la faïence, la porcelaine artisanale et industrielle et l'utilisation des techniques informatiques l'ont amené à mettre au point des procédés, des glaçures et des textures qui rendent son travail reconnaissable entre tous. Il est le créateur d'une quarantaine d'œuvres intégrées à l'architecture, dont la murale de la station de métro Outremont (1987), celles de l'Hôtel-Dieu de Lévis, de l'Hôpital général du Lakeshore, de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal à Saint-Hyacinthe et de l'École de technologie supérieure à Montréal. En 1999, il remportait un concours national pour la réalisation de l'œuvre qui orne l'École nationale d'administration publique à Québec. Ses œuvres d'art public sont nourries par le lent et solitaire travail de recherche en atelier — la murale constituant l'aboutissement de ses explorations techniques et esthétiques, qu'il transpose et approfondit dans sa production personnelle. Poissant fait fi de la tendance à hiérarchiser la production artistique. Il aime retourner à la fabrication d'objets usuels, comme en témoignent ses plats en porcelaine. Il s'exprime à la fois par la sculpture, la murale et l'installation, et les œuvres résonnent entre elles : la réflexion amorcée par l'une se prolonge dans une autre, et le propos s'y allie à la poésie de la couleur et des surfaces. La vaisselle et les objets engagent le regard et le sens du toucher ; les sculptures sur bois mettent le corps en mouvement et déclenchent un sens analytique de l'espace ; les œuvres d'art public placent le propos à l'échelle du mur ou du monument. À partir de La Collection, assemblage méticuleusement classé de plus de 600 objets trouvés en bois, se créent diverses manifestations dans une suite de renvois multiples : Le Jeu du collectionneur, Shadows, Objets spécifiques. Élaborée sur de nombreuses années, l'œuvre rassemble au final plus de 1 800 pièces en un inventaire personnel du monde qui recèle des éléments autobiographiques — une forme de récit sans narration où les mots sont remplacés par des objets et les phrases, par des alignements. Cet alphabet graphique se retrouve ensuite dans des murales et dans des œuvres sur papier. Le Jeu du collectionneur, impressionnante installation de plus de 600 objets de bois collectés sur plusieurs décennies, est présenté au Centre d'exposition Circa (2008), à la Maison de la culture Côte-des-Neiges (2009) et au Centre MATERIA (2010). En 2016, la double exposition L'objet et le territoire, présentée simultanément à Plein sud, Centre d'exposition en art actuel à Longueuil et à EXPRESSION, Centre d'exposition de Saint-Hyacinthe, sous le commissariat de Mona Hakim, rend compte de la variété des modes d'expression développés autour de la céramique. La même année paraît une monographie de 276 pages aux éditions Plein sud, avec des textes de Pascale Beaudet, Amy Gogarty et Mona Hakim — un livre-bilan couvrant l'ensemble de l'œuvre du sculpteur et céramiste. Poissant entreprend alors un nouveau corpus d'œuvres sur papier intitulé Mon atlas, qui fait l'objet d'un court métrage documentaire réalisé par Alain Boisvert. Poissant a participé à de nombreux événements et résidences de création à l'international, notamment au symposium Barro de América au Venezuela (2005), au Danemark (2004) et aux États-Unis (2013). En 2007, il est invité à créer sur place une œuvre permanente au FuLe International Ceramic Art Museums (FLICAM) à Fuping, en Chine. La même année, il participe à l'exposition collective Mobile Structures à la Mackenzie Art Gallery à Regina et au Surrey Art Gallery en Colombie-Britannique. En 2025, le MUMAQ — Musée des métiers d'art du Québec accueille une exposition rétrospective de son parcours en art public, basée sur un don de l'artiste d'archives, de maquettes et d'échantillons de son travail. Nommé membre de l'Académie royale des arts du Canada en 2003, Gilbert Poissant est le lauréat de la première bourse de carrière en métiers d'art du Conseil des arts et des lettres du Québec (2013) et du Prix à la création artistique pour la région de la Montérégie (2013). Ses œuvres sont présentées en permanence dans les salles des arts décoratifs du Musée national des beaux-arts du Québec et du Musée des beaux-arts de Montréal, et figurent également dans les collections du Musée d'art contemporain de Montréal, du Musée d'art de Mont-Saint-Hilaire, de la Galerie canadienne de la céramique et du verre à Waterloo et du FuLe International Ceramic Art Museums en Chine. À propos
- Page de remerciement | Fond Jordi Bonet
Merci Nom du donateur Nous vous sommes très reconnaissants pour votre don généreux de 0 $. Votre numéro de don est le n° 1000. Vous recevrez bientôt un e‑mail de confirmation.
- Jordi Bonet (1932-1979) | Art contemporain Fondation Jordi Bonet
Jordi Bonet (1932-1979), muraliste et sculpteur catalan-québécois, pionnier de l'art public au Canada. Découvrez l'homme, l'oeuvre et l'héritage qui fondent la mission de la Fondation. JORDI BONET Barcelone, 1932 — Mont-Saint-Hilaire, 1979 Peintre, muraliste, céramiste, sculpteur. Jordi Bonet a passé vingt-cinq ans à inscrire l’art dans les lieux où les gens vivent, travaillent et se rassemblent. Plus de cent murales au Québec, au Canada, aux États-Unis et dans le monde. Des œuvres dans le béton, l’aluminium, le bronze, la céramique et le verre. Mais au-delà de l’œuvre monumentale, c’est la force intérieure de l’homme qui a marqué la mémoire des Québécois : une authenticité radicale, un courage sans calcul, et la conviction que l’art appartient à tous. UN ENFANT DE CATALOGNE Jordi Bonet naît à Barcelone le 7 mai 1932, dans une famille cultivée. Son père, le médecin Pedro Bonet, l’emmène dès l’enfance sur les traces de l’art roman catalan, des cathédrales gothiques et de l’architecture visionnaire d’Antoni Gaudí. Son oncle, l’architecte Luis Bonet Garí, a travaillé avec Gaudí à la Sagrada Familia. C’est dans cet univers — la pierre, la lumière, les formes anciennes — que l’artiste se forme avant même de le savoir. À sept ans, un accident lui enlève le bras droit. À neuf ans, il expose ses premiers dessins dans la maison familiale de la Rambla de Catalunya. La Catalogne est aussi un lieu de violence : la guerre civile espagnole marque son enfance de scènes que l’on n’oublie pas. Ces deux réalités — la beauté et la brutalité — ne le quitteront jamais. « Les randonnées que je faisais avec mon père, à la recherche d’un bout de céramique romaine, avaient alors pour moi un goût de lumière. » — Jordi Bonet ARRIVER AU QUÉBEC, TOUT RECOMMENCER En 1954, à vingt-deux ans, Jordi Bonet quitte Barcelone pour le Canada. Il arrive à Trois-Rivières avec une quinzaine de tableaux dont le plus grand mesure 18 par 20 pouces. Il ne connaît personne, ou presque. Très vite, il se lie avec des personnalitiés locales et présente sa première exposition dès l’année suivante à l’Hôtel de ville de Trois-Rivières, avec Maurice Duplessis comme président d’honneur. Il s’installe ensuite à Montréal, dans le sous-sol d’un ami médecin qui lui prête l’espace pour un premier atelier. Il découvre la céramique avec Jean Cartier, la magie du four. Il expose aux côtés de Jean-Paul Riopelle au Musée des beaux-arts de Montréal. Il accepte tous les travaux — chemins de croix, comptoirs de cuisine, bases de lampe — pour apprendre et pour vivre. Pas de hiérarchie entre l’art noble et l’art utile. Tout est matière à créer. « Tout ce que mes confrères artistes dédaignaient faire, convaincus de leur intégrité, j’allais le faire. Pour apprendre et pour gagner ma vie. » — Jordi Bonet Épouse Huguette Bouchard en 1956. De leur union naîtront trois enfants : Laurent, Stéphane et Sonia. L’ART APPARTIENT À TOUS Les années 1960 marquent un tournant décisif. Jordi Bonet refuse le circuit fermé des galeries. Il veut que l’art soit là où les gens sont : dans les rues, les écoles, les moyens de transport, les lieux de culte. Il devient l’un des premiers artistes au Québec à consacrer l’essentiel de sa pratique à l’art public — et il le fait avec une énergie et une envergure que personne n’avait encore déployées ici. En vingt ans, il réalise plus de cent murales, d’abord en céramique et en béton, puis en aluminium et en bronze. De Montréal à New York, de Chicago à Vancouver, de Philadelphie au Sierra Leone. Parmi ses œuvres les plus célèbres : la murale Hommage à Gaudí à la Place des Arts de Montréal, la verrière de la chapelle de l’aéroport John F. Kennedy à New York, les céramiques de la station de métro Pie-IX, et la murale du Centre national des Arts à Ottawa. « Il faut que l’art finisse par faire partie de chacun des lieux que nous occupons, des objets que nous utilisons, qu’il commence à déborder des toiles pour s’étendre… » — Jordi Bonet Comme le souligne l’historienne de l’art Louise Déry, Bonet venait de la tradition catalane et n’avait pas peur de la monumentalité. Il a trouvé au Québec — dans l’effervescence de la Révolution tranquille — un terrain où cette ambition pouvait s’enraciner. Son œuvre, dit-elle, sera toujours lue à travers cet engagement dont il n’a jamais dérogé. LE GRAND THÉÂTRE DE QUÉBEC ET LA PHRASE QUI A SECOUÉ LE QUÉBEC En 1969, Jordi Bonet reçoit la commande de créer une murale monumentale pour le Grand Théâtre de Québec. L’œuvre, de 1 100 mètres carrés, décline trois thèmes : la mort, l’espace et la liberté. C’est un grand récit d’humanité sculpté dans le béton. Sur la murale, Bonet grave une phrase de son ami poète Claude Péloquin : « Vous êtes pas écœurés de mourir, bande de caves ! C’est assez ! » Le scandale est immédiat. Pétitions, débats à l’Assemblée nationale, couverture médiatique intense pendant près de deux ans. L’écrivain Roger Lemelin demande le retrait de la phrase. Le milieu artistique se mobilise pour la défendre. Aujourd’hui, cette phrase fait partie de la mémoire collective québécoise. Elle incarne un moment où l’art a osé parler la langue du peuple dans un lieu de prestige — un geste d’une audace que l’on mesure encore. Bonet sort de cette aventure épuisé, mais convaincu. « Notre rôle est aussi d’être les témoins de notre civilisation inquiétante. Nos œuvres doivent dire nos espoirs et nos aspirations. » — Jordi Bonet MONT-SAINT-HILAIRE ET LES DERNIÈRES ANNÉES En 1969, Jordi Bonet achète le Manoir Rouville-Campbell à Mont-Saint-Hilaire, un bâtiment abandonné qu’il entreprend de restaurer. Le manoir devient son atelier, son lieu de vie, son espace de transmission. C’est là qu’il s’ancre pour les dix dernières années de sa vie. En 1971, la mort accidentelle de son fils Stéphane le dévaste. Il délaisse progressivement les murales pour des œuvres plus intimes — des sculptures en aluminium, des dessins, une quête plus spirituelle. En 1973, on lui diagnostique une leucémie. Les médecins lui donnent un mois à vivre. Mais Jordi Bonet crée pendant six ans encore. Il fonde le Groupe Para en 1975, élabore un manifeste d’art para-réaliste, commence son testament artistique — Le livre des naissances — et entreprend un retable pour la chapelle du Sacré-Cœur à Montréal, qu’il ne terminera pas. Il enseigne, accueille des artistes dans son atelier du manoir, transmet tout ce qu’il peut. Il s’éteint le 25 décembre 1979, à quarante-sept ans. UN HÉRITAGE VIVANT Ce qui rend Jordi Bonet irréductible à un résumé biographique, c’est la cohérence absolue entre sa vie et son œuvre. Un homme amputé d’un bras qui crée des murales de mille mètres carrés. Un immigrant catalan qui s’enracine au Québec au point d’en devenir l’un des artistes les plus emblématiques. Un homme condamné par la maladie qui crée jusqu’au dernier jour. Son héritage ne se mesure pas seulement en œuvres. Il se mesure dans une idée : que l’art n’est pas un privilège mais un besoin vital, qu’il doit être partout où les humains se rassemblent, et que la création est à la portée de chacun. C’est cette conviction qui anime aujourd’hui la Fondation Jordi Bonet. Dirigée par son fils Laurent Bonet, la Fondation prolonge le geste de l’artiste : amener l’art contemporain dans les communautés, transformer les matières délaissées en œuvres, ouvrir des espaces de création là où on ne les attend pas. « La vie est d’une infinie richesse dépassant les apparences. Il y a des formes, des sons, des couleurs, des mots dont la signification au-dessus de nous est tellement puissante que, si nous nous ouvrons à ceux-ci, ils deviennent un lien entre nous et l’au-delà, entre nous et un mouvement de notre âme. » — Jordi Bonet Repères Œuvres majeures • Murale du Grand Théâtre de Québec (1969) — 1 100 m², béton sculpté, trois thèmes : la mort, l’espace, la liberté • Hommage à Gaudí, Place des Arts, Montréal • Céramiques de la station de métro Pie-IX, Montréal • Verrière de la chapelle, Aéroport John F. Kennedy, New York (Terminal 4) • Murale du Centre national des Arts, Ottawa • Amor ?, hommage à Gaudí (première œuvre d’envergure) • La famille inuite, Hôpital Charles S. Curtis, Terre-Neuve-et-Labrador (1967) • Résurgence, dernière murale, Oceanic Plaza, Vancouver (1979) • Inoxydables, livre d’artiste avec Claude Péloquin Collections Musée national des beaux-arts du Québec (24 œuvres), Musée des beaux-arts de Montréal, Musée d’art de Mont-Saint-Hilaire, Musée Pierre-Boucher, MA Musée d’art de Rouyn-Noranda, Musée des beaux-arts de Sherbrooke, Musée Louis-Hémon. Distinctions • Prix de dessin, Salon du printemps, Musée des beaux-arts de Montréal (1958) • Prix d’excellence, Institut royal d’architecture du Canada (1965) • Membre associé, Académie royale des arts du Canada (1966) • Membre, Association des artistes professionnels du Québec (1966) • Professeur d’art, École d’Architecture, Université de Montréal (1966) • Pont Jordi-Bonet (autoroute 116, Mont-Saint-Hilaire) Ressources • jordibonet.info — Site dédié à l’artiste (biographie complète, chronologie, liste des murales) • Application JORDI — Visite interactive de la murale du Grand Théâtre de Québec • Jacques Folch-Ribas, Jordi Bonet, Le Signe et la Terre (1964) • Jacques de Roussan, Jordi Bonet (Éditions Marcel Broquet, 1986) • Art Public Montréal — artpublicmontreal.ca/artiste/bonet-jordi • Musée national des beaux-arts du Québec — mnbaq.org • Répertoire du patrimoine culturel du Québec — patrimoine-culturel.gouv.qc.ca Le site officiel de Jordi Bonet
- André Boisvert | Fond Jordi Bonet
André Boisvert, paysagiste-sculpteur. Sous le manteau : sculpture en acier inox récupéré d'une usine agricole. Exposition Dévoiler le potentiel de la matière, Fondation Jordi Bonet. André Boisvert Vit et travaille à Mont-Saint-Hilaire. Formé à l'école de foresterie, exerce comme paysagiste depuis plus de quarante ans, sculpteur et landartiste. Participe à Créations sur-le-champ / Land art Mont-Saint-Hilaire depuis la première édition (2007). Œuvres collaboratives dans la réserve Calanoa en Amazonie colombienne (invité par le photographe et anthropologue Diego Samper). Installation Vivre à table dans le cadre de ORANGE — Faim de rituel (2025, Saint-Hyacinthe), située dans le jardin du monastère des Sœurs adoratrices du Précieux-Sang. Créateur du projet NYCTAL (œuvres lumineuses à partir d'objets récupérés). Participant aux projets de la Fondation Jordi Bonet depuis 2025. La pratique ne commence pas par un concept — elle commence par une lecture du terrain. Quarante ans de travail paysager ont produit un savoir incorporé: lire les rythmes du sol, reconnaître les cycles du vivant, anticiper les réponses d'un site à l'intervention. La foresterie a enseigné la forêt; le paysagisme a enseigné le jardin; le land art traduit cette double formation en propositions où l'œuvre procède du lieu plutôt que de s'y poser. Le critère de justesse est formulé clairement: que l'intervention donne « l'impression que tout était là depuis longtemps ». Ce n'est pas une ambition décorative — c'est la définition opératoire du site-specific: l'œuvre réussie est celle dont on ne distingue plus l'origine artificielle de l'intelligence du terrain. Les interventions in situ — alignements, cercles, strates, colonnes, structures végétales — opèrent par des figures élémentaires (axe, seuil, verticalité) qui marquent le paysage sans le blesser. Pour la première fois, je marche sur vos terres installe des colonnes comme « jalons qui marquent le temps » — entre chaque colonne, le passé et le présent se côtoient. Jardin des mémoires suspend un potager: « lieu pour se nourrir, une fois suspendu, il devient de la nourriture pour l'âme ». Coup de vent (Maison-à-Tout-le-Monde, Vieux-La Prairie) fait pousser des feuilles géantes à la base des érables. Le geste est toujours le même: prendre ce qui est déjà là — arbre, terre, pierre, résidu végétal — et par un déplacement minimal, rendre visible ce que le regard ordinaire traverse sans s'arrêter. L'économie de moyens n'est pas un manque: c'est une méthode. Moins on ajoute, plus le lieu parle. Quand la pratique quitte le terrain pour l'atelier, elle emporte le même principe: récupérer, assembler, réactiver. Le projet NYCTAL produit des œuvres lumineuses à partir d'objets désuets — vis, fils, douilles, laiton patiné, argent, bouteilles de vin — dans lesquels la lumière est installée. Chaque pièce conserve sa mémoire d'usage: la vis reste vis, la douille reste douille, le laiton porte sa patine. L'assemblage ne dissout pas cette mémoire, il la charge d'une fonction nouvelle — éclairer — qui transforme le rebut en foyer. Le résultat oscille entre baroque, art déco et steampunk sans se fixer: ce sont des objets-seuils, à mi-chemin entre l'archéologie domestique et la sculpture, où la récupération industrielle produit une lueur presque intime. L'installation Vivre à table (ORANGE — Faim de rituel, 2025) déplace la logique vers le dispositif de rassemblement. Dans le jardin du monastère des Sœurs adoratrices du Précieux-Sang — ouvert au public pour la première fois —, une table monumentale invite à « se mettre à table, se rassembler, partager un repas ». Les commissaires situent l'œuvre dans un « parcours en intégration, où les œuvres dialoguent avec le lieu ». La table n'illustre pas le rituel du repas — elle le produit: elle crée les conditions matérielles du rassemblement dans un espace qui portait déjà, par son histoire monastique, la mémoire de la table commune. L'artiste formule lui-même le lien: dans sa vie quotidienne, « chaque jour, la table devient une scène imprégnée de significations, une célébration où la magie opère entre l'aliment, l'hôte et les convives ». La pratique artistique et la pratique domestique ne sont pas séparées — elles procèdent du même geste d'attention au lieu et à ce qu'il rend possible. Ce qui traverse les interventions paysagères, les assemblages lumineux et l'installation relationnelle = un savoir unique dans ce corpus: celui du praticien qui a passé quatre décennies à observer comment la matière — végétale, minérale, manufacturée — répond quand on la déplace avec justesse. La foresterie a enseigné que chaque intervention a des conséquences en chaîne; le paysagisme a enseigné que la beauté tient à la proportion entre ce qu'on ajoute et ce qu'on laisse; le land art a enseigné que l'éphémère n'est pas une perte mais une forme de respect du cycle. C'est un savoir empirique, non théorique — et c'est précisément sa valeur dans un contexte où les questions du site, de la récupération et du rassemblement sont le plus souvent abordées depuis le discours. Ici, elles arrivent par la main. À propos
- À propos | Fond Jordi Bonet
Organisme de bienfaisance fondé en 1997, la Fondation Jordi Bonet crée des expositions thématiques d'art contemporain au Québec. Mission, valeurs et engagement pour l'éducation artistique. MISSION La Fondation Jordi Bonet produit et diffuse des expositions d'art contemporain à travers le Québec. Fondée en 1997 pour perpétuer l'héritage de Jordi Bonet (1932–1979) — muraliste, sculpteur et figure majeure de l'art public au Canada —, elle a relancé ses activités de programmation en 2023 sous la direction artistique de Laurent Bonet. La Fondation conçoit des projets curatoriaux itinérants, des encans-bénéfice à portée curatoriale et des programmes de médiation culturelle. Sa programmation se déploie autour de trois axes : l'économie de la matière, le rapport au vivant et le développement de l'intelligence émotionnelle par la pratique artistique. Depuis 2023, elle a engagé plus de 170 artistes professionnels, présenté des expositions dans des lieux institutionnels reconnus et maintenu une fréquentation moyenne de plus de 300 visiteurs par jour d'exposition. La Fondation respecte intégralement les barèmes CARFAC-RAAV et reverse aux artistes une part significative des ventes réalisées lors de ses encans-bénéfice. Ce n'est pas une politique — c'est une position : nous existons par les artistes et pour eux. JORDI BONET A IMAGINÉ Jordi Bonet a imaginé cette fondation en 1978, un an avant sa mort. Le projet est resté en dormance pendant près de deux décennies, jusqu'à ce que son épouse Huguette Bouchard Bonet entreprenne de le raviver en 1997. Un nouveau chapitre s'ouvre en 2017, lorsqu'un cercle de proches se mobilise autour d'Huguette et de ses enfants. Mais c'est en 2023 que la Fondation entre dans sa phase active : quatre expositions, deux encans-bénéfice, des médiations, des ateliers, plus de 200 artistes impliqués, des milliers de visiteurs. Ce qui distingue la Fondation n'est pas sa structure familiale — c'est ce que cette structure rend possible. La proximité avec l'héritage de Jordi Bonet n'est pas une posture de conservation : elle nourrit une liberté de programmation que les structures plus conventionnelles ne permettent pas toujours. DIRECTION ET GOUVERNANCE Laurent Bonet — Directeur général et commissaire Geneviève Bonet — Chargée du financement CONSEIL D'ADMINISTRATION Sonia Bonet, présidente Geneviève Bonet, vice-présidente Micheline Brunelle, administratrice Alexandre Masino, administrateur (artiste en arts visuels) Claude Vallée, administrateur (professeur) Laurent Bonet, administrateur APPEL DE CANDIDATURE La Fondation Jordi Bonet entre dans une phase de développement marquée par l'élargissement de sa programmation curatoriale et le déploiement de projets itinérants à l'échelle nationale. Pour accompagner cette croissance, la Fondation souhaite accueillir un nouveau membre à son conseil d'administration. Nous recherchons des profils de haut calibre dont l'expertise renforcera la capacité stratégique du conseil, notamment dans les domaines suivants : droit ou notariat, développement philanthropique et recherche de financement, ou gouvernance au sein d'institutions culturelles reconnues. Les administrateurs siègent à titre bénévole. La Fondation offre en retour un engagement au cœur d'un projet curatorial en pleine expansion, porté par une équipe dont l'exigence artistique n'a d'égale que l'ambition institutionnelle. Pour manifester votre intérêt, écrivez à info@fondationjordibonet.info . Sonia Bonet Présidente sonia@fondationjordibonet.info Geneviève Bonet Vice-présidente gbonet@attrix.com Laurent Bonet Directeur général et commissaire laurent.bonet.fjb@gmail.com Micheline Brunelle Administratrice Alexandre Masino Administrateur Claude Vallée Administrateur TROIS ANS DE PROGRAMMATION 2023 2024 2025 2023 — Année fondatrice Lancement de la programmation active de la Fondation avec trois projets majeurs : l'exposition Devenir comme l'arbre réunissant 15 artistes au Jardin Daniel A. Séguin. Le Land Art Urbain, sous la présidence d'honneur de Marc Séguin, jumelant 10 artistes professionnels à des étudiants en horticulture de l'ITAQ pour la création de sculptures éphémères in situ Une médiation par le geste qui a attiré plus de 2 000 visiteurs lors des Journées de la culture ; et l'encan-bénéfice Je donne pour les arts, rassemblant 61 artistes sous la présidence de Mathieu Laca. DEVENIR COMME L'ARBRE LAND-ART URBAIN MÉDIATION 2023 2024 — Élargissement Exposition Couples Artistes au Manoir Rouville-Campbell — résidence historique de Jordi et Huguette Bonet — réunissant 21 couples d'artistes et plus de 1 000 visiteurs en trois jours. Encan-bénéfice Constellation réunissant plus de 80 artistes autour d'une double filiation — Jordi Bonet i Godó, sculpteur et muraliste, et Jordi Bonet Armengol, architecte en chef de la Sagrada Família — chaque œuvre mise en dialogue avec cet héritage commun. Médiation culturelle à la Maison Villebon de Beloeil autour de l'héritage de Jordi Bonet. Participation au Festival Kaput. Production d'un court documentaire vidéo sur les activités de la Fondation. COUPLES ARTISTES ENCAN 2024 ACTIVATION 2025 2025 — Consolidation curatoriale Exposition Dévoiler le potentiel de la matière, commissariée pour la MRC de La Vallée-du-Richelieu au Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire : 13 artistes, matériaux détournés des écocentres, près de 1 000 visiteurs. Soirée d'activation publique avec panel animé par Émilie Perreault en présence de Simon Paré-Poupart, Raphaëlle de Groot, Lucie Sauvé et Ginette Bureau. Ateliers de médiation Émotions en matière avec Geneviève LeBel tout au long d'octobre, suivis d'une exposition des œuvres des participants à la Gare de Mont-Saint-Hilaire en janvier 2026. Production d'un documentaire de 35 à 40 minutes autour de l'exposition et de sa démarche curatoriale. DÉVOILER LE POTENTIEL DE LA MATIÈRE ÉMOTION EN MATIÈRE
- Appel de dossiers | Fond Jordi Bonet
La Fondation Jordi Bonet honore les artistes québécois contemporains en promouvant l’intelligence créative comme catalyseur de changement social. Elle soutient des projets artistiques non conventionnels et crée des ponts entre l’art et d’autres domaines. Elle organise des ateliers et des conférences pour développer l’intelligence émotionnelle via l’art. Son approche holistique vise à « coloniser par la beauté » nos environnements APPEL DE DOSSIERS La Fondation Jordi Bonet développe des projets curatoriaux qui placent l'artiste au centre d'un dispositif pensé pour transformer — pas seulement pour diffuser. Nos expositions ne sont pas des accrochages collectifs. Ce sont des propositions commissariales à thèse, construites autour d'un cadre philosophique précis, où chaque œuvre entre en tension avec les autres et avec un propos qui la dépasse. Les artistes qui travaillent avec nous ne prêtent pas une pièce : ils et elles s'engagent dans une conversation curatoriale qui peut déplacer la lecture de leur propre pratique. Ce que la Fondation offre, et que peu de structures proposent, c'est une programmation itinérante qui circule dans des lieux institutionnels et des salles professionnelles à travers le Québec et au-delà — Montréal, Québec, Ottawa, Vallée-du-Richelieu, Lanaudière. Cette circulation produit quelque chose que la diffusion concentrée dans un seul lieu ne génère pas : un élargissement réel de la portée de l'œuvre — non pas en termes de visibilité, mais en termes de profondeur d'impact. Des publics différents, des contextes institutionnels distincts, des réceptions qui se multiplient et qui, chaque fois, activent l'œuvre autrement. Travailler avec la Fondation Jordi Bonet, c'est accepter que l'art contemporain a quelque chose à faire là où on ne l'attend pas — et que ce déplacement nourrit la pratique autant que le public. Nous accueillons les dossiers d'artistes professionnels dont la démarche entre en résonance avec les axes de notre programmation : rapport au vivant, économie de la matière, transformation de la conscience. Les axes thématiques sont définis par le commissaire ; la sélection des artistes est assurée par un comité de pairs. → Appel de dossiers : Horror Vacui : Mars 2026
