Gilbert Poissant
Né à Iberville en 1952, Gilbert Poissant vit et travaille à Mont-Saint-Hilaire. Céramiste de formation, il a transformé sa pratique en lui intégrant d'autres horizons techniques et esthétiques. Cet artiste multidisciplinaire touche à la fois la murale, l'installation et la sculpture et utilise des matériaux divers — céramique, pierre, verre, bois, papier et objet trouvé — ainsi que les procédés numériques. Son travail s'inscrit dans la lignée de céramistes québécois comme Maurice Savoie et le duo Mousseau-Vermette, qui ont adopté une attitude d'expérimentation permanente dans le travail de ce matériau millénaire.
Dès le début de sa carrière, Poissant propose un corpus d'œuvres qui joue sur l'idée d'historicité de la matière. De 1980 à 1995, le projet Les Archéologies imaginaires met en valeur l'idée de traces, de ruines et de hiéroglyphes — une mémoire à caractère autobiographique liée à l'enfance et aux souvenirs. Dans les années 1990, il s'intéresse au temps, plus spécifiquement à deux conceptions antinomiques : le temps rationnel et le temps émotif. À partir d'un vocabulaire formel simple et de formes géométriques de base — le cercle et le carré —, il réalise, sous forme de murales, des icônes stylisées (arbre, goutte d'eau, escalier) qu'il nomme ses « pictogrammes poétiques » : des images très graphiques, simples, symboliquement fortes, situées à la jonction de l'abstraction et de la figuration. Deux motifs traversent l'ensemble de l'œuvre : le temps et la mémoire, qui sont deux faces de la même médaille, et la figure de l'artiste-collectionneur.
C'est l'aspect bidimensionnel de la céramique qui a conduit Poissant à devenir muraliste. À cela se greffent son intérêt pour les aspects techniques et chimiques du médium et pour l'architecture, source majeure d'inspiration qui contribue à structurer sa poétique de l'espace. Ses recherches sur la faïence, la porcelaine artisanale et industrielle et l'utilisation des techniques informatiques l'ont amené à mettre au point des procédés, des glaçures et des textures qui rendent son travail reconnaissable entre tous. Il est le créateur d'une quarantaine d'œuvres intégrées à l'architecture, dont la murale de la station de métro Outremont (1987), celles de l'Hôtel-Dieu de Lévis, de l'Hôpital général du Lakeshore, de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal à Saint-Hyacinthe et de l'École de technologie supérieure à Montréal. En 1999, il remportait un concours national pour la réalisation de l'œuvre qui orne l'École nationale d'administration publique à Québec. Ses œuvres d'art public sont nourries par le lent et solitaire travail de recherche en atelier — la murale constituant l'aboutissement de ses explorations techniques et esthétiques, qu'il transpose et approfondit dans sa production personnelle.
Poissant fait fi de la tendance à hiérarchiser la production artistique. Il aime retourner à la fabrication d'objets usuels, comme en témoignent ses plats en porcelaine. Il s'exprime à la fois par la sculpture, la murale et l'installation, et les œuvres résonnent entre elles : la réflexion amorcée par l'une se prolonge dans une autre, et le propos s'y allie à la poésie de la couleur et des surfaces. La vaisselle et les objets engagent le regard et le sens du toucher ; les sculptures sur bois mettent le corps en mouvement et déclenchent un sens analytique de l'espace ; les œuvres d'art public placent le propos à l'échelle du mur ou du monument.
À partir de La Collection, assemblage méticuleusement classé de plus de 600 objets trouvés en bois, se créent diverses manifestations dans une suite de renvois multiples : Le Jeu du collectionneur, Shadows, Objets spécifiques. Élaborée sur de nombreuses années, l'œuvre rassemble au final plus de 1 800 pièces en un inventaire personnel du monde qui recèle des éléments autobiographiques — une forme de récit sans narration où les mots sont remplacés par des objets et les phrases, par des alignements. Cet alphabet graphique se retrouve ensuite dans des murales et dans des œuvres sur papier. Le Jeu du collectionneur, impressionnante installation de plus de 600 objets de bois collectés sur plusieurs décennies, est présenté au Centre d'exposition Circa (2008), à la Maison de la culture Côte-des-Neiges (2009) et au Centre MATERIA (2010).
En 2016, la double exposition L'objet et le territoire, présentée simultanément à Plein sud, Centre d'exposition en art actuel à Longueuil et à EXPRESSION, Centre d'exposition de Saint-Hyacinthe, sous le commissariat de Mona Hakim, rend compte de la variété des modes d'expression développés autour de la céramique. La même année paraît une monographie de 276 pages aux éditions Plein sud, avec des textes de Pascale Beaudet, Amy Gogarty et Mona Hakim — un livre-bilan couvrant l'ensemble de l'œuvre du sculpteur et céramiste. Poissant entreprend alors un nouveau corpus d'œuvres sur papier intitulé Mon atlas, qui fait l'objet d'un court métrage documentaire réalisé par Alain Boisvert.
Poissant a participé à de nombreux événements et résidences de création à l'international, notamment au symposium Barro de América au Venezuela (2005), au Danemark (2004) et aux États-Unis (2013). En 2007, il est invité à créer sur place une œuvre permanente au FuLe International Ceramic Art Museums (FLICAM) à Fuping, en Chine. La même année, il participe à l'exposition collective Mobile Structures à la Mackenzie Art Gallery à Regina et au Surrey Art Gallery en Colombie-Britannique. En 2025, le MUMAQ — Musée des métiers d'art du Québec accueille une exposition rétrospective de son parcours en art public, basée sur un don de l'artiste d'archives, de maquettes et d'échantillons de son travail.
Nommé membre de l'Académie royale des arts du Canada en 2003, Gilbert Poissant est le lauréat de la première bourse de carrière en métiers d'art du Conseil des arts et des lettres du Québec (2013) et du Prix à la création artistique pour la région de la Montérégie (2013). Ses œuvres sont présentées en permanence dans les salles des arts décoratifs du Musée national des beaux-arts du Québec et du Musée des beaux-arts de Montréal, et figurent également dans les collections du Musée d'art contemporain de Montréal, du Musée d'art de Mont-Saint-Hilaire, de la Galerie canadienne de la céramique et du verre à Waterloo et du FuLe International Ceramic Art Museums en Chine.
