François-René Despatis L'Écuyer
Né à Terrebonne en 1981, vit et travaille à Terrebonne. Autodidacte, en atelier depuis 2000. Séjours de travail à La Pocatière puis à Amsterdam (2010-2012), où il expose à plusieurs reprises. Membre du RAAV et du Conseil de la sculpture du Québec. Œuvres dans des collections publiques et privées au Québec et à l'international. Impliqué en médiation culturelle dans Lanaudière et participant aux projets de la Fondation Jordi Bonet depuis 2023.
La pratique pose un problème précis : comment la couleur cesse-t-elle d'être surface pour devenir milieu. Despatis L'Écuyer travaille par champs chromatiques — huile, acrylique, aquarelle, pastel, fusain, sable, bois — organisés autour d'un dispositif récurrent : la ligne d'horizon. L'horizon n'est pas ici un motif paysager mais un protocole de composition. Il divise le plan, crée une symétrie réfléchie — ce que l'artiste appelle des « horizons ouverts reflétés qui se dédoublent, où une dimension en suggère une autre » — et installe un seuil perceptuel entre deux registres chromatiques. Le tableau fonctionne moins comme image que comme dispositif : on n'y reconnaît pas un paysage, on y entre dans un rapport de densité, de vibration, de profondeur optique.
Le fil — matériau textile, non pictural — intervient directement dans les tableaux comme élément linéaire réel. Cousu à la surface, il trace des frontières physiques dans des espaces que la peinture laissait indéfinis : il introduit relief, ombre portée, tension matérielle dans le plan. Ce geste d'hybridation — un matériau qui transgresse les limites du médium pour en redéfinir les coordonnées — annonce le basculement vers le tridimensionnel.
Car la pratique a opéré un déplacement décisif. Despatis L'Écuyer « fait sortir le tableau du bidimensionnel pour qu'il occupe le même espace que nous » : lignes, matières découpées, éléments assemblés composent des ensembles immersifs où la peinture déborde de la surface vers le volume. L'espace devient médium. Le passage du 2D au 3D n'est pas un changement de discipline mais l'aboutissement logique d'une recherche sur la couleur comme environnement — le color field qui devient champ habitable. Le Livre tableau (série d'œuvres visuelles contenant chacune 12 poèmes et 12 illustrations) avait déjà fissuré la clôture du support, traitant la page comme tableau et le tableau comme séquence.
Les séries — Nuages, Les Vagues, Océan debout, Stratification, Les Migrateurs, Bois-Bois, Cœur Solaire — nomment moins des thèmes qu'une cartographie d'états physiques : densité, mouvement, superposition, verticalité, migration. Ce lexique élémentaire (ciels, mers, strates, passages) ne relève pas du paysagisme mais d'une phénoménologie : les titres désignent des dynamiques (se lever, se déplacer, se stratifier) qui sont aussi bien celles de la matière picturale que celles du corps dans l'espace. L'artiste rapporte qu'une spectatrice, confrontée à ses bleus profonds, est passée de la peur à l'apaisement en traversant l'exposition — l'anecdote vaut comme indice de méthode : la couleur ne représente pas un état, elle le produit. C'est cette efficacité perceptuelle — la capacité du champ chromatique à modifier la posture du regardeur — qui fonde le passage à l'installation et inscrit la pratique dans le territoire de l'art contemporain comme expérience plutôt que comme contemplation.
